Aims 2019-2020

LAISSONS TOUT NOUS ARRIVER


Ayant amorcé un parcours artistique et diplômés de nos écoles respectives, nous avons une forte envie de transmission. De partager ce qui nous a été offert. La rencontre de l’art a été déterminante dans nos vies et nous sentons qu’elle peut l’être pour d’autres. Elle peut amener les enfants (tout comme nous) à poser un regard différent sur le monde et sur eux-mêmes. À sortir, un peu, du cadre scolaire – ça fait du bien – et, parfois, à ouvrir des possibles, à casser des barrières.

Nous nous sommes rendu compte que nous avions tous les cinq en commun d’avoir été marqués par le contact avec des artistes intervenants lors de notre scolarité ou, si tel n’avait pas été le cas, d’avoir ressenti plus tard à quel point cela aurait pu créer des ouvertures, des appels d’air nécessaires.

Il y a par ailleurs, dans notre engagement au sein de la formation AIMS, une volonté de transmission qui cherche à contourner les déterminismes sociaux. C’est une préoccupation qui nous tient tous à cœur et qui a donné lieu à de nombreux échanges entre nous. Notre époque, inquiète pour la solidité de son lien social, nous propose, quelquefois avec insistance, de faire de cette préoccupation un métier, ou une partie d’un métier. Elle nous invite à investir le rôle, qui nous est parfois étrange, d’ambassadeur culturel, de médiateur artistique ; on a bien du mal à le nommer. C’est à ce métier que le programme AIMS nous permet de nous former et de nous confronter.

Si cet appel fait vibrer en nous une corde sensible, celle du lien entre nos pratiques artistiques et la jeunesse des quartiers populaires, la façon de construire ce lien est une question que chacun d’entre nous s’est posée. C’est une question essentielle, et délicate. Quel lien tisser avec ces jeunes ? Comment leur transmettre quelque chose de nos pratiques artistiques ? Comment peuvent-elles leur parler ? Et comment leur écoute peut-elle les nourrir ?

Plus nous avançons dans l’année, plus nos ateliers deviennent des temexpérimentation. Il est marquant d’observer à quel point ce que nous avions prévu, programmé parfois, change et se transforme au contact des enfants, de leur regard et de leur sensibilité. Tout est mouvant. Tout est possible. C’est la richesse de ce programme que de se laisser la possibilité d’évoluer au fil de la rencontre et des échanges. C’est en somme une vraie conversation artistique qui s’établit entre la classe et nous. Il n’y a plus un artiste et des élèves mais des artistes-artisans qui construisent ensemble. C’est en tout cas là que ça se situe pour nous, et c’est passionnant.

Au cours des ateliers, on réalise que transmettre c’est finalement donner la possibilité que tout arrive, aux enfants bien sûr, mais d’une certaine manière à nous aussi. Alors, comme un cap, comme une promesse pour la suite de l’année scolaire, on se le dit, on se le jure : laissons tout nous arriver !


Maël Bailly, Waren Boyeau, Amandine Gay, Maryam Pourahmad, Marie Rosselet-Ruiz